Le 19 novembre 2024, Alexis Bernard est intervenu à Conakry, en Guinée, lors de l’assemblée générale de l’Association internationale des services du Trésor.
Cette intervention était réalisée au titre de la Direction interministérielle du numérique. Elle portait sur l’impact de l’intelligence artificielle sur les métiers du Trésor et, plus largement, sur les conditions d’adoption de l’IA dans les administrations financières publiques.
La diffusion rapide de l’IA générative — puissance de calcul disponible, données massives, architectures Transformer, services accessibles au grand public comme ChatGPT — crée une pression nouvelle pour les organisations publiques. Il ne s’agit plus seulement de comprendre la technologie, mais de décider vite si elle doit être adoptée, à quelles conditions, avec quels risques et sous quelle responsabilité.
L’intervention distinguait trois dimensions.
Comprendre ce que l’IA fait réellement
La première dimension était technique.
Un système d’IA ne produit pas une vérité. Il estime un résultat probable à partir de données, de modèles et de règles d’apprentissage. Cette distinction est essentielle pour les métiers administratifs et financiers.
Un système fiable à 90 % produit encore 10 % d’erreurs. Dans un contexte de décision administrative, la bonne question n’est donc pas seulement : “est-ce que l’outil fonctionne ?” mais aussi : “qui répond de l’erreur, comment la détecter, et dans quelles décisions l’organisation accepte-t-elle ce niveau de risque ?”
Définir les conditions juridiques d’adoption
La deuxième dimension était juridique.
L’opposabilité des décisions algorithmiques, la transparence des modèles, la traçabilité des traitements et la conformité RGPD ne sont pas des obstacles extérieurs à l’adoption de l’IA. Ce sont les conditions mêmes de son usage dans un cadre administratif.
Pour les services du Trésor, ces questions deviennent particulièrement sensibles dès lors que les données traitées sont financières, fiscales, personnelles ou liées à des décisions qui produisent des effets sur les usagers, les agents ou les partenaires publics.
Organiser l’usage de l’IA comme aide à la décision
La troisième dimension était organisationnelle.
Les projets publics comme Foncier innovant ou Signaux faibles montrent que l’IA peut apporter de la valeur aux métiers financiers publics lorsqu’elle est pensée comme un outil d’aide à la décision, et non comme un substitut au jugement humain.
L’intervention concluait que le sujet central n’est pas de remplacer les métiers du Trésor par des systèmes automatisés, mais de déterminer dans quelles tâches l’IA peut améliorer la détection, l’analyse, la priorisation ou le pilotage, tout en conservant une responsabilité humaine claire.
Ce qui a été présenté à Conakry
L’intervention a couvert cinq questions, dans cet ordre :
- l’adoption : à quel rythme et sous quelles conditions l’IA entre dans les administrations financières ;
- le cadre juridique propre à l’usage administratif — opposabilité, transparence, conformité RGPD ;
- la responsabilité en cas d’erreur, dans un système qui n’est jamais fiable à 100 % ;
- l’IA comme aide à la décision, et non comme substitut au jugement humain ;
- les compétences à développer dans les métiers financiers publics concernés.
Lien avec l’approche d’enbi
Cette intervention éclaire directement l’approche d’enbi sur les projets IA.
L’adoption d’une solution d’intelligence artificielle ne peut pas être décidée uniquement à partir d’une démonstration technique ou d’une promesse de productivité. Elle doit être analysée à partir de ses effets concrets : qualité des données, niveau d’erreur acceptable, responsabilité, conformité, gouvernance, intégration métier et valeur réelle pour l’organisation.
C’est précisément ce que propose enbi dans ses missions de cadrage : relier la promesse technique, le cadre juridique, le risque opérationnel et l’intérêt stratégique avant de décider.